
Fibromyalgie, Covid long, syndrome psycho-organique : comment se préparer à une expertise médicale ?
« Plus une maladie est difficile à objectiver, plus la préparation de l'expertise devient déterminante. »
L'évaluation du dommage corporel relève avant tout du domaine médical. Ni l'avocat ni le juge ne peuvent poser un diagnostic ou apprécier eux-mêmes l'étendue des séquelles. Cette mission appartient aux médecins experts.
Pour autant, la phase préparatoire revêt une importance considérable. Dans les dossiers impliquant certaines pathologies complexes, la qualité du dossier médical et la préparation de la victime peuvent influencer de manière significative le déroulement de l'expertise.
Lors du Congrès 2024 de l'ABEFRADOC, plusieurs spécialistes ont attiré l'attention sur des maladies dont l'évaluation demeure particulièrement délicate en raison de leur composante cognitive, neurologique ou psychologique.
Les troubles de l'humeur, de la mémoire ou de la concentration, non spécifiques, peuvent indiquer toutes sortes de pathologies. Il convient à l'expert de déterminer la ou les causes.
FibromyalgieLa fibromyalgie : une maladie encore difficile à appréhender
Selon le Dr Marc Golstein, la fibromyalgie touche environ 3 % de la population, principalement des femmes.
Cette affection se caractérise notamment par :
- des douleurs diffuses persistantes ;
- une fatigue chronique ;
- des troubles du sommeil ;
- des difficultés de concentration ;
- des troubles de la mémoire.
Le Dr Golstein souligne également que, dans plus de 30 % des cas, cette maladie est associée à des antécédents de maltraitance durant l'enfance. Certains travaux évoquent par ailleurs une composante épigénétique susceptible d'expliquer une transmission intergénérationnelle de certaines vulnérabilités.
Les spécialistes observent également une proximité entre la fibromyalgie et les états de stress post-traumatique.
Dès lors, lorsqu'une victime présente des symptômes après un accident, une question essentielle se pose : les troubles résultent-ils d'une fibromyalgie préexistante, d'un état de stress post-traumatique provoqué par l'accident ou d'une combinaison des deux ?
« L'une des principales difficultés consiste à distinguer ce qui relève d'une pathologie préexistante et ce qui résulte réellement du traumatisme. »
ToxiquesLe syndrome psycho-organique : les conséquences méconnues des solvants
Le Dr Steven Ronsmans a rappelé que certaines expositions professionnelles à des solvants ou à des substances volatiles peuvent provoquer un syndrome psycho-organique.
Des produits tels que l'acétone ou d'autres solvants industriels, lorsqu'ils sont inhalés de manière répétée sans protection adéquate, peuvent altérer le fonctionnement cérébral.
Les symptômes observés sont souvent trompeurs :
- troubles de la mémoire ;
- difficultés de concentration ;
- fatigue intellectuelle ;
- ralentissement cognitif ;
- symptômes proches de la dépression.
Cette proximité clinique avec certaines affections psychiatriques rend parfois le diagnostic particulièrement délicat.
Covid longLe Covid long : une pathologie désormais bien identifiée
Selon le Dr Tatiana Besse-Hammer, le Covid long touche majoritairement des femmes âgées de 35 à 50 ans.
Les symptômes les plus fréquemment rencontrés comprennent :
- un « brain fog » ou brouillard cérébral ;
- une fatigue persistante ;
- des douleurs musculaires ;
- des troubles cognitifs ;
- une composante anxio-dépressive.
De nombreux experts soulignent que certaines manifestations du Covid long peuvent évoquer celles observées dans les situations de burn-out.
« Deux patients peuvent présenter des symptômes très similaires alors que l'origine médicale de leurs troubles est totalement différente. »
DifficultésPourquoi ces maladies posent-elles autant de difficultés lors d'une expertise ?
La plupart des pathologies évoquées présentent un point commun : elles génèrent fréquemment des troubles cognitifs et psychologiques ; ces troubles n'évoquent pas directement une maladie précise mais une diversité de pathologies.
Les victimes rapportent souvent :
- une perte de mémoire ;
- une diminution de la concentration ;
- une fatigue mentale importante ;
- un état anxieux ;
- des symptômes dépressifs.
Contrairement à une fracture ou à certaines lésions visibles à l'imagerie médicale, ces troubles ne sont pas toujours immédiatement objectivables.
Le recours à des examens spécialisés et à des batteries de tests neuropsychologiques devient alors souvent indispensable.
ÉvaluateurLe rôle du médecin évaluateur : entre écoute et esprit critique
Face à ces situations complexes, le médecin évaluateur doit répondre à deux questions fondamentales :
- Les symptômes décrits sont-ils crédibles ?
- Peuvent-ils être imputés à l'événement invoqué (accident, exposition professionnelle, maladie) ?
Les experts s'appuient notamment sur plusieurs critères :
- la cohérence du récit ;
- la concordance entre les plaintes et les constatations médicales ;
- le suivi thérapeutique ;
- la prise effective des traitements prescrits ;
- l'évolution des symptômes dans le temps.
Selon le Dr Michel Dufrasne, certains éléments peuvent conduire un expert à s'interroger davantage :
- une discordance entre le comportement observé et les plaintes exprimées ;
- un récit peu crédible ou contradictoire ;
- l'absence de concordance avec les examens réalisés ;
- l'existence de bénéfices secondaires ;
- l'apparition tardive de certains symptômes par rapport à l'événement invoqué.
« Le scepticisme de l'expert ne traduit pas une défiance à l'égard de la victime ; il constitue une exigence méthodologique de son travail. »
PréparationComment se préparer efficacement à une expertise ?
L'une des erreurs les plus fréquentes consiste à considérer l'expertise comme une simple consultation médicale.
Il s'agit en réalité d'un exercice particulier qui nécessite une préparation rigoureuse.
Avant l'examen, il est conseillé :
- de classer les documents médicaux par ordre chronologique ;
- de réunir les rapports des différents spécialistes ;
- d'identifier clairement les symptômes persistants ;
- de préparer les éléments importants de son histoire médicale ;
- d'échanger préalablement avec son médecin traitant.
« Une expertise se prépare plusieurs semaines avant le rendez-vous et non dans la salle d'attente. »
ConseilLe rôle du médecin-conseil et de l'avocat
L'assistance d'un médecin-conseil est souvent précieuse.
Il peut analyser le dossier, identifier ses points forts et ses faiblesses, vérifier que les symptômes sont correctement documentés et rédiger un rapport médical argumenté.
L'avocat intervient sur un autre terrain.
Sans jamais se substituer au médecin, il peut attirer l'attention sur les difficultés probatoires propres à certaines pathologies, coordonner les démarches avec le médecin-conseil et veiller au respect des droits de la victime lors de l'expertise.
Dans certaines expertises judiciaires, sa présence aux opérations d'expertise peut également constituer une garantie supplémentaire.
« Les expertises les plus difficiles ne sont pas celles où les symptômes sont les plus graves, mais celles où ils sont les plus difficiles à démontrer. »
Ce compte-rendu a une vocation pédagogique. Chaque situation est unique : consultez un avocat ou un médecin-conseil avant de prendre toute décision juridique.
